Quand le podcast drague les (parents d) ados…

Entre saison 2 sur Spotify

Si Greta Tunberg fait la une du Times magasine, c’est grâce au souffle d’espoir qu’elle inspire à toute une génération Z, Y, millénials et aussi une floppée de soixante-huitards nostalgiques rêvant d’une société meilleure que celles qu’ils ont laissée. Ces jeunes qui osent parler de leurs craintes et qui sèchent les cours pour donner des leçons à leur aînées sont à la page et n’ont pas peur de critiquer les boomers. « A vingt ans… on est invincibleuh » comme disait Alyzé. En effet, c’est un âge où tout est possible, quelque soit l’époque. Une période incroyable où l’on a le droit de faire des erreurs, où la fougue et l’audace compensent le manque d’expérience et de sagesse. Cette nouvelle génération née un peu avant ou après l’an 2000 a la fougue et la rage des révoltes. C’est à eux, vingtenaires, qu’il incombe de nous faire rêver et de porter les revendications de leurs aînés, à eux de combler nos lacunes nous, vieux dinosaures de fin du XXe.

Mais en fait, l’adolescence n’a-t-elle pas toujours fait l’objet de fantasmes et de nostalgie ? De Gus Van Sant à Larry Clark en passant par Skins, 70’s Show, aujourd’hui Euphoria ou bien le classique American Pie, la littérature et le genre cinématographique foisonnent sur cet âge où l’on se construit…

Et si le podcast prenait lui aussi le pli? Nous balayons ici avec vous les podcasts qui mettent les pieds dans l’adolescence, cette population inventée au XIXe siècle qui caractérise cet âge de transition entre enfance et vie adulte…

Chambre d’ado sur France Inter

Et la chambre du fond à gauche près de la salle de bain, ben… c’est la mienne.

Thierry Marx

Comme dans une « chambre à soi », on cherche souvent le refuge dans cette pièce qui nous est propre : lieu de rêveries et de jeu où l’on peut être soi ou quelqu’un d’autre. Si vous ne connaissez pas encore, vous pourrez visiter « chambre d’ado » en compagnie de Christine Gonzalez et de ses invités. Elle alimente ses interviews d’éléments biographiques, de reportages, musiques et d’événements phares qui ont marqué ses invités : Annie Ernaux, Vikash Doraçao, Bérangère Krieff ou bien Thierry Marx ou bien Sheïla racontent le romantisme de cette époque qui les a forgé. Une émission très bien renseignée et intimiste sur chacun des invités : un croisement entre histoires personnelles et grands récits collectifs qui ont construit et forgé ces artistes, sportifs, cuisiniers. Un va et vient entre passé, présent et futur.

« Teen spirit » le podcast de Cheek Magazine

La journaliste et autrice Titiou Lecoq  au centre de l’épisode 5 de Teen Spirit

Que se soit dans les 90’s ou les débuts 2000s, l’adolescence a le charme d’un baiser torride sous une pluie torrentielle ou d’une vieille culotte sale traînant dans le fond d’un panier… C’est tout de même un moment clef dans l’existence d’un individu, qui le marque TOUTE SA VIE. Capter cet instant est tout l’objectif de « Teen Spirit », le petit nouveau de Cheek magazine, produit par Nova spot. Comme dans une chambre à soi, le format prend la forme d’interview mais de manière plus triviale. Ainsi, on ressort les gros dossiers de femmes célèbres comme Pomme, Alison Wheeler ou bien Izïa et on apprend leur rapport à la féminité et au fait d’être femme : les bribes et objets gardés au coin d’une boîte à souvenir, d’un agendas Didl, les premières pelles et premières fois, les tapisseries dans la chambre d’ado… Elles se livrent sur fond de confidence au micro des journalistes de Cheek : Myriam Levain, Julia Levain et Faustine Kopiejwski. Potins, plaisirs coupables et nostalgie garantie !

Dans le 10e épisode, Taous Merakchi nous livre ses années d’épouvante lié à son harcèlement scolaire… Comme quoi, être célèbre en étant adulte ne vous dispense pas d’une VDM étant jeune…

« Bullied » produit par Dire-son redéfinit la norme et les marges

Bullied saison 1

Etre teenager, c’est aussi apprendre les codes : ce qui se fait et ne se fait pas, la sociabilisation à travers l’intégration des normes tacites du collectif. Dans Bullied, des trentenaires parlent de leurs années collèges, période d’enfer pour nombreux d’entre eux. On interroge dans ce podcast la place des exclus, des rapports de domination mais aussi de la posture des suiveurs dans la mécanique du harcèlement. Une saison 2 se prépare pour focaliser sur le phénomène de cyberharcèlement, principalement vécu par les jeunes femmes puisque 80% des victimes sont du genre féminin…

Dans ces podcast où l’on « rewinde », ce qui est grisant, c’est de revisiter ces moments qui ont construits notre existence. Ils sont comme des clefs explorant le passé où les invités interviewés nous accompagnent vers ces contrées trop souvent oubliées : ils nous rappellent ces moments de nos vies où tendresse et violence se cotoîent au quotidien, où vulnérabilité cohabite avec puissance en l’espace de 30secondes. On passe du rire aux larmes en écoutant les témoignages de ces héro-ïnes ordinaires qui racontent leur vie entre souffrances profondes et joies intenses : les montagnes russes de cette âge fou en somme.

Quand on sait que dans le monde il y a actuellement 1 adolescent sur 6 individus (âgé de 10 à 19 ans) pour l’année 2018, il est grand temps de s’intéresser à cette frange de la population et de lui donner la place qu’elle mérite. Si l’on arrêtait de mépriser la jeunesse, les ados et les pré-ados auraient sûrement plus d’outils pour affronter les mutations numériques, la transition écologique et démographique… Le podcast, même s’il s’intéresse de plus en plus à l’adolescence et au jeune public, se doit maintenant de créer des espaces d’échange pour les ados et doit non seulement s’adresser aux ados mais surtout être adopté par les ados!

A quand un podcast pour les jeunes fait par des jeunes ? Allé hop, les plus de 25 ans, on déguerpit!

Jeune Juliette, grossophobie & harcèlement en teenage land

Sortie le 11 décembre 2019

Anne Emond réalisatrice québecoise s’adresse aux nostalgiques de la période de l’adolescence : inscouciance, premiers émois et gros coups durs ! Ce moment où l’on se cherche, où l’on construit sa confiance en soi et on essaie de s’affirmer, de plaire, d’être aimé.

Nous avons voulu parler de ce film car il est à l’image du podcast « Bullied », un retour en arrière vers cet âge tendre où la vie ne fait pourtant pas tout le temps des cadeaux. Avant la période de noël, allez voir « Jeune Juliette » un film à voir en famille et/ou entre amis, qui décrit de manière tellement juste les relations humaines.

Le personnage de Juliette que son père qualifie d' »enrobée » lorsqu’elle lui demande quand est-ce qu’elle a commencé à devenir grosse, est la protagoniste interprétée par la jeune et fantastique Alexane Jamieson. Cette héroïne est parfaite dans le sens où elle incarne avec brio l’anti-héro : d’abord elle est grosse et ne correspond donc pas aux standards de beauté et s’ennuie de sa vie plus qu’ordinaire… Elle fantasme sur le cliché du mec faussement rebel et rêve de s’installer à NYC aux côtés de sa mère. Ensuite, elle fait des erreurs, beaucoup de boulettes tout comme elle fait parfois preuve de bravoure, pour ce qui est de défendre les plus démunis ou faire ce qui lui semble juste. Son petit monde se résume à son père et son frère qui sont très cool, sa meilleure amie avec qui elle partage une relation cryptolesbienne et un petit garçon autiste asperger qu’elle baby-sitte. Ce beau petit monde qui l’entoure ne correspondant pas aux normes d’un monde où il faut être beau et populaire, elle les chérit et en a honte à la fois : son refuge est sa prison. « Losers » comme elle, elle rêve de s’échapper de son bled et de fuir sa condition de grosse intello pour retrouver un peu d’air à la « big apple ».

Le harcèlement : un phénomène insidieux multiformes

Dans cette comédie pleine d’humour et d’humanité, les personnages ne sont pas manichéens comme dans la plupart des teens movies : populaires / sportifs/ méchants gratuitement versus pauvres / intellos / harcelés. Rien n’est montré de manière gratuite et tout est nuancé, subtile. On y montre des rapports de force dominants/dominés comme dans le processus de harcèlement où le groupe broie l’individu. Mais on y montre aussi que parfois, ces rapports s’inversent. Même si la grossophobie reste un fléau sociétal, on évoque aussi l’homophobie ordinaire dans une société québecoise plutôt progressiste envers les personnes lgbt+. On évoque aussi bien les différentes réactions face aux petites violences au quotidien qu’on peut ignorer ou esquiver grâce à la réparti, comme les humiliations qui marquent à vie et provoquent l’envie de s’isoler, de partir loin…

La force de ce film qui peut parfois faire penser à « Precious » dans l’humour malgré la tragédie, ou encore la série « The end of the fucking world« qui célèbrent les « weirdos » est un hymne à la différence. Ces oeuvres qui décrivent de manière juste des relations complexes et fortes qui reposent en fait, sur des gestes et des actes d’amour : souvent les plus simples et les plus beaux…

Dire-son ne peut que vous recommander chaudement cette comédie qui parle donc de harcèlement, mais aussi de quête d’identité, d’amour de soi et des autres. « Jeune Juliette, comme notre podcast « Bullied« , ne verse ni dans le mélodrame ni ne réduit les personnes harcelées à leur condition de victimes. C’est un feel-good movie qui encourage à l’empowerment et au droit d’exister en dépit des autres. Une belle leçon de vie et d’espoir dans ce monde de bruts… !

En salle actuellement au Club de Grenoble, voici la bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19586505&cfilm=276141.html