LE PODCAST 2020 : Quand le handicap n’est plus un frein…

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Un podcast produit par Nouvelles Ecoutes sorti en novembre 2019

Pendant que les fêtes de fin d’années se digèrent lentement et que l’on commence à faire des entorses aux bonnes résolutions, Dire-son vous recommande un podcast produit par Nouvelles Ecoutes qui vous reboostera et vous fera oublier le coup d’mou de la mi-janvier à coup sûr ! (eh oui on s’approche de la prédiction des New Order et du fameux blue monday…)

Dès le générique « Cours, Redwane, cours !« , on est happé par une bonne grosse trap qui donne la gnak en deux temps trois mouvements : propulsé par le challenge édifiant que Redwane le protagoniste de ce plog (un vlog en podcast?) va relever. Il ne s’agit pas d’un énième podcast de coaching mental ni de tuto pour améliorer son endurance comme « Dans la tête d’un coureur« , (excellent podcast par ailleurs) mais plutôt de suivre la mission presque impossible de ce jeune homme pour faire le marathon de Paris 2021, c’est-à-dire 42 km en 6h.

Si Redwane n’est pas un athlète né et que rien ne le destinait à courir, qu’il aurait aussi voulu grimper l’Everest comme Nadir Dendoune n’étant pas un alpiniste né, son métier de journaliste nous permettra de partager avec lui les épreuves à surmonter grâce à ce podcast qui vous tiendra en haleine… Réussira ou réussira pas ?

Ne vous inquiétez pas, on ne vous assénera pas de conseils minceur ou sportif à gogo, simplement, on sera aux côtés de Redwane et on l’accompagnera dans son quotidien pour aller au-delà de la démotivation, entendre ses progrès… Et on fait le pari qu’il y arrivera ! On rit, on affronte les difficultés, les galères des tentations pizza à l’épisode 4, les remarques de sa famille qui le charie sur ce projet plus qu’ambitieux (puisque même un coureur lambda aurait des difficultés à y arriver). Nous sommes allé lui poser quelques questions dans les starting blocks pour tâter la température… Vous êtes prêt ?

Entretien avec Redwane Telha

Tu es le protagoniste de « Cours, Redwane, Cours ! » sorti le 28 novembre dernier. Peux-tu te présenter un peu ?
Je m’appelle Redwane Telha, j’ai 27 ans, je suis marié, je suis rédacteur en chef de l’Instant M, l’émission médias de France Inter et animateur de Pouce, une émission sur Clique TV consacrée aux numériques et aux réseaux sociaux. Mon métier me passionne, les sujets que je traite me fascinent depuis toujours. Mon autre grande passion, c’est le basket américain. Fan absolu de la NBA !

C’est un gros défi car tu n’es pas du tout coureur ni sportif à la base. Comment t’es venu ce projet?
J’avais envie de me mettre en danger, de me dépasser. C’est justement parce que je ne suis pas coureur à la base que j’ai eu envie de me lancer dans ce projet. Je voulais accomplir quelque chose qui pourrait impressionner les gens autour de moi. J’avais envie de dépasser la question du handicap et réussir un exploit que même les athlètes valides ont du mal à atteindre. Le marathon s’est imposé comme une évidence. J’ai tout de suite eu envie de faire ce projet sportif un projet médiatique. Dès que Nouvelles Écoutes m’a donné son accord, j’ai foncé sans trop me poser de questions.

Pourquoi maintenant?
Tout simplement parce que j’étais en manque de défi et que je tournais en rond depuis quelques temps. Toute ma vie, j’ai dû me surpasser pour atteindre mes objectifs. Quand j’étais petit, marcher sans trébucher me semblait impossible. Ado, on me disait que les métiers du journalisme seraient inaccessibles pour moi. Après avoir atteint la plupart de mes objectifs professionnels, j’ai eu besoin de me mettre à nouveau en danger. Je savais que ça passerait par le sport. Et lorsqu’on en a parlé avec Nouvelles Écoutes, on a senti qu’il fallait se lancer très vite. Je me laisse 500 jours pour atteindre mon objectif. Ça nous laisse un peu de temps.

J’avais envie de dépasser la question du handicap et réussir un exploit que même les athlètes valides ont du mal à atteindre.


Tu as choisi de partager ton challenge via le podcast audio, est-ce que tu peux nous dire pourquoi ce média et pas un autre? (blog, youtube, réseaux sociaux…)
Pour deux raisons : d’abord parce que le podcast est le média de l’intime. Il permet plus facilement de se raconter, on a presque l’impression de chuchoter son histoire à l’oreille de l’auditeur. Ensuite, contrairement à YouTube et aux caméras, le micro n’est pas envahissant. Et lorsqu’on s’entraîne plusieurs fois par semaine, c’est précieux. Un micro, c’est léger. Je ne pourrais pas courir avec mon reflex aha. 

Redwane Telha
Rédacteur en chef de l’Instant M sur France Inter

Comment s’est fait ta rencontre avec Nouvelles Ecoutes et pourquoi ton aventure les a intéressés à ton avis?
J’ai rencontré Julien Neuville (co-fondateur de Nouvelles Écoutes) après avoir échangé sur les réseaux sociaux. On s’est vu plusieurs fois et j’ai eu envie de lui proposer ce projet. Je crois qu’il a accroché parce que ce podcast raconte la différence et le handicap à la première personne, sans être anxiogène ou larmoyant. Mais il faudrait lui demander directement 🙂

Mais je ne veux surtout pas que mon message sonne comme une injonction à la performance. Chacun vit son handicap ou son surpoids comme il l’entend.

Tu as une hémiplagie que tu expliques à ta nièce au premier épisode et tu pèses plus de 100 kg (en tout cas pour le moment). Peux-tu nous dire si ton quotidien est affecté par cela et comment il change ou pas ta perception du monde?
Concrètement, ça ne change pas grand chose. J’ai l’impression de vivre normalement. Le fait de grandir avec un handicap m’a sans doute un peu (trop ?) renforcé. Rien ne peut m’atteindre.

Est-ce important pour toi de montrer que les personnes porteuses de handicap ou en surpoids peuvent réussir comme les autres ? 
Il était important pour moi de montrer que les personnes porteuses de tout type de handicap (je pense même au handicap social !) ou en surpoids peuvent faire ce qu’elles veulent. Si elles veulent se dépasser, qu’elles le fassent ! Mais je ne veux surtout pas que mon message sonne comme une injonction à la performance. Chacun vit son handicap ou son surpoids comme il l’entend.

As-tu déjà subi du validisme ou de la grossophobie ?
Oui, surtout quand j’étais gamin. Je n’ai jamais été victime de grossophobie parce que mon obésité a tendance à s’effacer derrière mon handicap. On me voit plus comme un boiteux que comme un gros. Mais j’ai moi-même fait preuve de validisme et de grossophobie vis à vis de moi-même. Je n’ai jamais supporté cette différence et j’ai parfois été violent vis à vis de mon corps. Ce projet, c’est une réconciliation entre mon corps et mon esprit.

Quel est ton message principal à travers le podcast « Cours, Redwane, cours ! »
Tout est dans le titre ! Comme dans Forrest Gump, je cours pour être en paix avec moi-même. Je cours pour me surpasser. Et j’espère bien embarquer dans ma course tout un tas de gens qui se retrouveront dans mon parcours et ma détermination.

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Forrest Gump « Run Forrest, Run ! » a inspiré le titre du podcast

Tu as dis après le 2e épisode seulement que tu avais eu beaucoup de messages d’encouragement de la part des auditeurs que tu remercies. Quel soutien as-tu parmi tes proches ou des inconnus ? Est-ce que ça t’aide pour relever ce challenge?
Les messages m’aident à ne rien lâcher. Très fier de ce soutien. Les jours où j’ai un peu la flemme, c’est précieux.

On te souhaite beaucoup de motivation et bravo pour ton courage en tout cas! Que peut-on te souhaiter pour 2020 et les quelques 400taines de jours qu’il te restent avant le jour J ?
Merci beaucoup. Souhaitez moi de ne pas me blesser et d’aller au bout ! On ne lâche rien.

On l’a compris, Redwane est déter et ça inspire ! Ca donne envie d’enfiler ses baskets et de faire pareil que lui : courir pour se prouver qu’on est capable aux yeux des autres mais surtout pour soi-même. Et si on n’a pas envie de mettre les baskets tanpis, on sera là pour suivre et porter son exploit. Si les discriminations qu’il a pu vivre au cours de son parcours n’ont pas eu raison de lui et que l’autodénigrement a pu croiser sa route, il n’est pas prêt de se laisser abattre. Et c’est un message de dépassement de soi et surtout de tolérance et de respect qu’on entend là. Le caractère fonceur de Redwane nous porte bel et bien on le confirme, nous supporters/auditeurs, qui l’écouterons transformer ce défi délirant en espoir collectif. Et on y croit !

Vous pouvez écouter le podcast « Cours Redwane Cours ! » sur le site de Nouvelles Ecoutes, sur Spotify, Deezer, Applepodcast ou Soundcloud. Un épisode toutes les deux semaines : http://www.nouvellesecoutes.fr/podcasts/cours-redwane-cours/

Jeune Juliette, grossophobie & harcèlement en teenage land

Sortie le 11 décembre 2019

Anne Emond réalisatrice québecoise s’adresse aux nostalgiques de la période de l’adolescence : inscouciance, premiers émois et gros coups durs ! Ce moment où l’on se cherche, où l’on construit sa confiance en soi et on essaie de s’affirmer, de plaire, d’être aimé.

Nous avons voulu parler de ce film car il est à l’image du podcast « Bullied », un retour en arrière vers cet âge tendre où la vie ne fait pourtant pas tout le temps des cadeaux. Avant la période de noël, allez voir « Jeune Juliette » un film à voir en famille et/ou entre amis, qui décrit de manière tellement juste les relations humaines.

Le personnage de Juliette que son père qualifie d' »enrobée » lorsqu’elle lui demande quand est-ce qu’elle a commencé à devenir grosse, est la protagoniste interprétée par la jeune et fantastique Alexane Jamieson. Cette héroïne est parfaite dans le sens où elle incarne avec brio l’anti-héro : d’abord elle est grosse et ne correspond donc pas aux standards de beauté et s’ennuie de sa vie plus qu’ordinaire… Elle fantasme sur le cliché du mec faussement rebel et rêve de s’installer à NYC aux côtés de sa mère. Ensuite, elle fait des erreurs, beaucoup de boulettes tout comme elle fait parfois preuve de bravoure, pour ce qui est de défendre les plus démunis ou faire ce qui lui semble juste. Son petit monde se résume à son père et son frère qui sont très cool, sa meilleure amie avec qui elle partage une relation cryptolesbienne et un petit garçon autiste asperger qu’elle baby-sitte. Ce beau petit monde qui l’entoure ne correspondant pas aux normes d’un monde où il faut être beau et populaire, elle les chérit et en a honte à la fois : son refuge est sa prison. « Losers » comme elle, elle rêve de s’échapper de son bled et de fuir sa condition de grosse intello pour retrouver un peu d’air à la « big apple ».

Le harcèlement : un phénomène insidieux multiformes

Dans cette comédie pleine d’humour et d’humanité, les personnages ne sont pas manichéens comme dans la plupart des teens movies : populaires / sportifs/ méchants gratuitement versus pauvres / intellos / harcelés. Rien n’est montré de manière gratuite et tout est nuancé, subtile. On y montre des rapports de force dominants/dominés comme dans le processus de harcèlement où le groupe broie l’individu. Mais on y montre aussi que parfois, ces rapports s’inversent. Même si la grossophobie reste un fléau sociétal, on évoque aussi l’homophobie ordinaire dans une société québecoise plutôt progressiste envers les personnes lgbt+. On évoque aussi bien les différentes réactions face aux petites violences au quotidien qu’on peut ignorer ou esquiver grâce à la réparti, comme les humiliations qui marquent à vie et provoquent l’envie de s’isoler, de partir loin…

La force de ce film qui peut parfois faire penser à « Precious » dans l’humour malgré la tragédie, ou encore la série « The end of the fucking world« qui célèbrent les « weirdos » est un hymne à la différence. Ces oeuvres qui décrivent de manière juste des relations complexes et fortes qui reposent en fait, sur des gestes et des actes d’amour : souvent les plus simples et les plus beaux…

Dire-son ne peut que vous recommander chaudement cette comédie qui parle donc de harcèlement, mais aussi de quête d’identité, d’amour de soi et des autres. « Jeune Juliette, comme notre podcast « Bullied« , ne verse ni dans le mélodrame ni ne réduit les personnes harcelées à leur condition de victimes. C’est un feel-good movie qui encourage à l’empowerment et au droit d’exister en dépit des autres. Une belle leçon de vie et d’espoir dans ce monde de bruts… !

En salle actuellement au Club de Grenoble, voici la bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19586505&cfilm=276141.html