Les 3 erreurs fréquentes à éviter quand on lance son podcast pro

podcast erreurs à éviter
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@copyright sephora schmidt
Les erreurs à éviter d’un point de vue radiophoique par dire-son.fr

Si vous êtes là, bravo, c’est que vous avez déjà sorti quelques épisodes de votre podcast et je vous encourage dans cette à pourquoi pas vivre de votre passion ! Le podcast est peu coûteux et intimiste et c’est pour ça que vous vous êtes plongé dans l’aventure pour partager vos connaissances ou votre expérience. Si le podcast demande peu de moyens ça ne veut pas pour autant dire qu’il est plus facile à réaliser que de la vidéo (comme j’ai pu le lire ou l’entendre dans de nombreuses conversations…) Au contraire, vu qu’il ne fait appel qu’à l’ouïe, il est essentiel d’améliorer l’audio mais aussi de booster vos interviews. J’ai décidé d’écrire un article aujourd’hui pour les nombreux podcasteur.se.s qui souhaiteraient améliorer leur(s) podcast(s) d’un point de vue radiophonique. J’ai remarqué après avoir bingelistené de nombreux podcasts qu’il y avait pour la plupart du temps, des problèmes au niveau de la qualité audio, du rythme dans le montage et enfin, quelques petites choses à réajuster dans les manières d’interviewer les invités.

1. Une prise de son souvent négligée

Venant de l’univers radio, il fallait absolument que je brise cette fausse croyance qu’il est facile de faire un podcast. En effet, nombreux sont celles et ceux qui imaginent que comme il n’y a pas d’images il y a moins d’informations à traiter et à maîtriser. Certes, mais justement, il faut tout miser sur le son pour ensuite pouvoir maîtriser le reste, c’est la base. La prise de son est un métier qui nécessite beaucoup de patience et d’être très méticuleux. Que se soit dans l’enregistrement ou dans la manière de monter, il est très important de soigner l’enregistrement de votre audio car il montre que vous respectez votre auditeurice et que vous n’êtes plus un.e amateur.ice. Pensez que les rushs sont votre matière première et que le montage sera le liant de votre narration, la manière dont vous voulez raconter une histoire.

J’ai pu entendre de nombreuses catastrophes en terme d’enregistrement (ou prise de son) qui pour ma part m’ont fait fuir au bout de quelques secondes. C’est dommage, car si vous avez du contenu intéressant, mais que la forme ne suit pas, vous pourrez peut-être perdre de potentiels fidèl.e.s. Vous aurez beau avoir bossé comme des acharnés sur vos sujets, si le jour J votre prise de son est pourri, vous aurez fait tout ça pour ça et vous vous rendrez compte au montage que votre fichier son est inexploitable… Donc ayez en tête toute cette dimension sonore à préparer en amont (où vais-je enregistrer, avec quel matériel, dans quelles conditions, y’aura-t-il de l’alimentation ?)

Donc à proscrire pour avoir un enregistrement le plus propre possible :les salles de 100m2 de type loft sans aucun meuble.Vous vous en doutez car la résonnance sera très désagréable et vous entendrez un écho sur les voix qui peuvent vraiment faire grincer des dents et donner l’impression que vous êtes dans un hangar… Après si votre sujet porte sur les chats abandonné dans les usines désaffectées de Picardie d’accord. Mais si vous interviewez un champion de e-sport geek parisien qui vit seul chez lui, le son d’atmosphère ne risque de pas être raccord avec le contenu et le propos de l’interviw… En fait, pourquoi je vous dis ça ? Parce que l’ambiance sonore, c’est-à-dire l’environnement qui entoure l’interview fait partie du message et il est bizarre de dissocier les deux. Ce serait l’équivalent au cinéma de mettre un bruit de clavier sur une scène au beau milieu de la jungle… C’est pour ça qu’il est souvent mieux d’enregistrer dans un studio si vous le pouvez, un environnement sonore neutre. Puis de rajouter ensuite les ambiances sonores aux dialogues par la suite si vous en avez. Mais encore une fois, cela dépend de ce que l’on veut raconter et du rendu esthétique voulu.

Enregistrement propre sans bruit parasite pour podcast
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@credit Malika Ung
Un enregistrement / prise de son neutre pour ne pas avoir de bruits parasite.
TIPS 1

Mais un conseil, si vous êtes dans un lieu que vous ne connaissez pas pour votre interview, fermez les yeux avant de faire vos tests micros et vérifiez s’il n’y a pas de bruits parasites de type ventilation ou un bruit de frigidaire, chaudière ou néon qui bourdonnent en arrière fond. Ce ne serait pas du luxe de changer de pièce ou de débrancher certains matériels électroniques dans la mesure où il est possible de le faire. Enregistrer dans un milieu trop bruyant peut être très gênant et perturber votre interview ou votre interviewé et donc le déconcentrer dans ce qu’il dit.

TIPS 2

S’il n’est pas possible d’avoir du silence complet sur votre lieu d’enregistrement (ce qui est très fréquent on ne va pas se mentir), enregistrez une séquence d’une minute à 2 minutes du bruit parasite sans parler pour pouvoir au montage le mettre en fond sonore à un niveau très bas en continu le bruit parasite afin qu’on l’oublie presque. Un faible bruit en continue plutôt qu’à intermittence qui surgit toutes les 5mns et moins perturbant pour l’audience.

TIPS 3

Aussi, je vous conseille si vous le pouvez au début de votre épisode/interview, de mentionner le cadre dans lequel vous enregistrez et faites votre interview, afin de ne pas surprendre l’auditeur en cours d’écoute. Par exemple si vous enregistrez dehors (période de confinement oblige) et qu’on entend des bruits de chantiers derrière alors que vous faites un sujet sur les espaces de coworking/cocooning, si vous mentionnez le contexte dans lequel vous enregistrez manque de moyen, (on fait avec les moyens du bords c’est normal) il n’yaura pas de mauvaise surprise pour l’auditeur qui est prévenu qu’il pourra y avoir quelques dissonances entre le bruit ambiant en arrière fond et votre propos. Ce qui améliore amplement l’écoute en amoindrissant la gêne…

2. Le rythme du montage : une grammaire sonore à améliorer

Maintenant que vous savez tout sur la prise de son, je vais continuer à vous embêter avec le montage sonore qui est dans la continuité de votre processus de réalisation. Une fois que vous avez vos rushs qui sont a priori assez propres car votre prise de son est optimum, 😉 vous pouvez passer au montage.

C’est ce que j’appelle la seconde phase d’écriture. Elle nécessite de construire des phrases, des séquences et donc d’avoir une grammaire. Comme l’a si bien dit un de mes enfants en atelier c’est comme dans toute phrase, « il faut une majuscule et un point ». Une émission quelque soit son format, c’est pareil : interview, fiction, documentaire… doit avoir un rythme, des temps de respirations, de pause et des éllipses pour que l’histoire ait du sens. Le minimum vital dans un podcast est bien connue : ce sont le générique d’intro et l’outro. Et entre les deux, j’ai souvent entendu des jingles ou des interludes sonores qui étaient mis un peu par ci par là au petit bonheur la chance…

TIPS 1

MIEUX VAUT NE RIEN METTRE plutôt que de placer des pauses ou des musiques n’importe où. Car si vous mettez de la musique en plein milieu d’une phrase qui n’est pas terminée, c’est très embêtant pour l’auditeur qui s’attend à avoir la fin de la phrase. Une musique ou un jingle servent de transition et non pas de cache misère pour masquer la longueur d’un dialogue soporifique. Si vous estimez que votre montage est trop long, raccourcissez quelques parties, mais ne mettez pas une pause juste pour mettre une pause.

TIPS 2

Si vous vous sentez d’utiliser des jingles ou de virgules sonores courtes (une à 15 secondes) soyez parcimonieux.se. Voyez la pause comme un moment de répit, de respiration (comme les virgules en grammaire) pour que l’auditeurice reprenne son souffle lorsque la tension était forte dans le récit. La musique sera comme un point en grammaire : une manière de redescendre en douceur et/ou d’intégrer ce qui vient d’être dit.

grammaire sonore le montage audio podcast dire-son
Savoir utiliser la grammaire sonore, le montage et le rythme rendent l’écoute et la narration plus fluide
TIPS 3

Sachez tout d’abord qu’entre différentes séquences, voix, musiques, il est PRIMORDIAL et c’est la base, de faire des fondues. C’est-à-dire d’enchaîner les morceaux de manière fluide et non pas de coller des morceaux mis bout à bout sans transition. Ce qui donnent une impression hachées à l’écoute et désagréable. Le fondu est votre outils de prédilection lorsque vous êtes monteuse ou monteur ou ce qu’on appelle les FADEIN. Il consiste à ce que le volume du début de votre piste augmente doucement jusqu’à son volume moyen et constant.Entendez-le comme une introduction. Le FADEOUT ou le fondu de sortie permet de baisser progressivement le volume aussi à la fin de votre séquence comme lorsqu’on termine une phrase, notre voix baisse. Il s’agit d’appliquer le fade quelques secondes sur votre séquence au début et à la fin, pour que le cerveau comprenne que l’on commence ou on termine un sujet. Pour se préparer à aborder d’autres sujets ou conclure. Selon votre logiciel de montage, il existe différentes méthode pour soit faire votre automation à la souris (baisser ou augmenter les décibels de votre pistes à la main) soit à l’aide d’un effet autoomatique (fondu).

Vous verrez, à force, vous arriverez à faire votre petite popote et à doser quand il faut ou quand il ne faut pas mettre de virgule. Votre narration ne pourra qu’être enrichie si vous maîtrisez ce vocabulaire et cette grammaire sonore. A présent nous allons aborder brièvement un des problèmes majeur de l’interview….

3. S’adresser seulement à l’invité.e

Maintenant que vous avez la technique, il ne manque plus que le fond. La passion et la volonté que vous avez de transmettre de l’information aux auditeurices est le coeur de votre motivation et je vous en félicite ! Néanmoins, il est nécessaire de savoir à qui vous vous adressez et comment vous devrez lui parler.

TIPS 1

L’interview n’est pas qu’une affaire d’interaction à deux, c’est un plan à trois qui comprend l’hôte, l’invité.e ET l’auditeurice. N’oubliez jamais cette dimension ! J’ai entendu bien souvent des podcasts d’interviews très intéressants, mais il manquait toujours quelque chose : l’intervieweur.se ne s’adressait qu’à leur invité.e.s en oubliant totalement de s’adresser à l’auditeurice. Dans certains podcasts marketing ou tech on peut se retrouvé confronté à ce problème. Moi qui voudrais améliorer mes compétences ou connaissances là-dedans, comment vais-je faire si les personnes que j’écoute n’emploient que du jargon que seuls les marketeux, développeurs ou les community managers comprendront ? Il n’y a rien de plus énervant que de se sentir exclu d’une discussion. Ce serait l’équivalent de parler frangliche à un saumon au beau milieu de la Lozère. Peut-être ne suis-je pas la cible de ces podcasts de « niche », mais c’est dommage ! Car j’aurais aimé en apprendre davantage sans avoir à mettre stop et googler toutes les 30 secondes les termes qui ne sont pas vulgarisés ou expliqués dans l’interview par l’hôte du podcast… De plus, on sent que l’hôte n’est pas dans le partage de l’information mais dans une logique de cumuler le savoir pour soi ou de performance. Et ça, c’est pas très podcast…

TIPS 2

Mettons que votre podcast est de niche et que seuls les initiés du cercle vous écoutent, pourquoi ne pas essayer de vous adresser à un public plus large et moins spécifique pour toucher plus d’auditeurices ? En faisant ce choix d’être trop pointu, vous vous priverez d’une grande partie de newbies et donnerez une image fermé de votre podcast. (déjà que le cercles des auditeurice de podcast est en soi une niche….). Vous l’avez deviné, après deux épisodes je me suis désabonnée de ce podcast qui pourtant aurait pu m’apporter des solutions intéressantes mais j’ai préféré en trouver un autre plus accessible. Ma technique à moi quand j’interviewe, c’est d’imaginer que je m’adresse aussi à ma grand-mèrequi m’écouterait de l’autre côté du poste et de rendre le discours intelligible et audible de tous. (car oui, ma mamie n’est pas fondue de tech, ni demarketing. Quoique ? )

technique animation interview à 3 dimension dire-son podcast

Réfléchissez donc bien à cela et dans le doute, soyez le plus généraliste possible car c’est par cette manière que vous arriverez à toucher du monde par votre message qui sera généreux. Le podcast est un univers de curieux qui ne cherchent qu’à apprendre. Or, il faut bien commencer par utiliser le même langage au départ avec vos auditeurices si vous voulez qu’ils entendent votre message et être sur la même longueur d’onde non ? (pas mal ma métaphore non?)

Moi qui suis un peu queer sur les bord, si je vous parle de « cis, ace à tendance pan non-binaire » je peux déjà imaginer le roulement d’yeux que vous allez me faire. Et si j’ai un.e grand.e réac’ en face de moi, il est possible que la personne zappe tout de suite à l’énonciation de ces termes qu’ils vont juger « barbares » juste parce qu’ils ne les ont pas compris et que personne n’a pris le temps de leur expliquer qu’est-ce qu’ils voulaient dire. En revanche, si vous avez en face de vous quelqu’un qui est réac mais ouvert (ça peut exister franchement) et qui vous écoute, en tant que podcasteur.se, vous devez redéfinir les termes pour lui/elle. S’il est à l’écoute de votre épisode, c’est parce qu’il est attiré par vos sujets mais peut-être pas encore familiarisé à cela. Comme il vous accorde de son temps et de son attention précieuse, il faudra que vous lui explicitiez tous ces acronymes et ces jargons pour l’inviter progressivement à s’immerger dans votre univers avec ses codes et son langage… C’est donnant donnant !

N’oubliez donc pas, l’animateur ou animatrice du podcast est un.e médiateur.ice qui a le DEVOIR de vulgariser ce que l’invité expert ou autre ne peut faire… Car de 1 ce n’est pas son job, et de 2 il a peut-être suffisamment le trac comme ça pour penser à VOS auditeurices. Attention, il ne s’agit pas de faire une parenthèse de 15 mns à chaque fois qu’un mot complexe sort. Il suffit juste de reformuler en deux phrases ou de demander à votre invité.e de le définir et dans quel cadre il/elle l’utilise pour ne pas perdre votre auditeurice en cours de route ! Chouchoutez-les autant que vos invité.es.

Et maintenant vous avez toutes les clefs en main pour améliorer votre contenu, il ne vous manque plus qu’à être vous-même ! 😉

Si vous souhaitez en savoir plus sur les techniques d’interview et d’animation ou comment poser sa voix, faire du montage rapidement, n’hésitez pas à m’écrire à la page contact. Je ne manquerai pas de vous répondre. Et surtout, n’oubliez pas que ce qui vient d’être dit ne sont que des conseils et qu’il ne faut pas tout suivre à la lettre. Moi-même j’ai parfois du mal à appliquer ces conseils faute de temps, de moyens ou d’attention. Alors, faites juste du mieux que vous pouvez.

A très vite j’espère et bonne pratique !

Malika

Documentaire sonore : L’écho de mon cousin Djo

Cette illustration est signée Sophie Rogg

Ce documentaire commence par la lecture d’une relation épistolaire d’une cousine – Anna, avec son cousin Johan, détenu à la prison pour hommes de Rennes. Quand j’ai rencontré Anna pour la première fois, elle avait ce sourire malicieux et ces yeux noirs et profonds qui la caractérisent bien. Participante et lauréate de la bourse « Brouillon d’un rêve » 2019, elle arrive avec sa valise à roulette venue d’Ardèche parmi les derniers arrivants. Nous sympathisons du fait que nous sommes toutes les deux de Rhône-Alpes et surtout car nous avons un point commun : celui de la radio associative. Quand elle avait 8 ans, sa famille est restée 2 ans à Hawaï, d’où elle s’enregistrait déjà pour envoyer des nouvelles à sa famille et ses amis à travers l’émission « Bonjour la France ! » 🙂

« Brouillon d’un rêve« , un concours dédié aux auteurs.trices pour la création d’oeuvres audios, vidéos, littéraires… qui attribue chaque année à quelques candidats des bourses d’aide à la création donc, est la concrétisation de ce projet qu’elle avait couché sur le papier, diffusé sur « Expérience », d’Aurélie Charon sur France culture.

Quand j’ai écouté son documentaire de 58 minutes il y a quelques mois, je n’ai pas vu le temps passer. Non seulement l’histoire de son cousin Johan est impressionnante, car elle est bien plus que le point de vue d’un jeune homme sensible adopté et déraciné. En effet, ce cousin, cet alter ego au destin bien différent du sien, communique à travers sa cellule et lui parle de son pays natal auquel il a été arraché, au-delà de la perte de ses parents. Ce documentaire est la voix d’une quête d’identité et d’amour. Il soulève aussi la question du destin et du hasard, du libre arbitre selon les moyens que l’on a au départ…

Discussion avec Anna Gigan

Anna Gigan

Est-ce que tu peux nous parler de ta relation avec ton cousin Johan, colombien adopté par ton oncle et ta tante à 4 ans ?

J’ai rencontré mon cousin le premier jour où il a posé les pieds sur le sol français, nous étions allés chercher lui et ses parents, avec mon père, à l’aéroport Charles de Gaulle quand il revenait de Colombie. J’étais un peu plus grande que lui, mais je m’en souviens bien, parce que c’était un grand moment. Ses parents étaient très émus.Ils sont restés quelques jours chez nous, à Paris, puis ils sont partis à Nantes commencer leur nouvelle vie. On se voyait pas beaucoup mais il y avait un lien invisible, compte tenu de nos histoires communes. Mais dans la vraie vie, c’est d’ailleurs dommage, on ne se retrouvait que dans les fêtes familiales….

Tu es allée en voyage en Colombie et c’est ce qui a débuté votre correspondance. Peux-tu nous dire comment avais-tu envisagé ce voyage à la base et cet échange ?

En fait, ce qui est fou, c’est que ce voyage s’est organisé indépendamment de ma volonté et sans aucun lien avec Johan. Le hasard a fait que je me suis retrouvée là où il est né à Manizales. Pourtant c’est grand la Colombie… Des copains musiciens m’ont proposé de venir avec eux en « tournée » et tous nous héberger dans sa famille colombienne. Je me suis dit que j’allais aussi en profiter pour capter des sons, et faire des émissions de radio pour Vogue Le Navire (son émission radio sur (RDBFM). J’ai repris contact avec Johan à mon retour. J’ai demandé l’adresse de la prison à mon frère qui était en contact avec lui ( ils ont habité ensemble ). Je lui ai raconté mon voyage, un peu de son pays, mes impressions – et je lui ai posé une tonne de questions…

Quels sons lui as-tu envoyé ? Et pourquoi ce support plutôt que des photos ?


J’ai enregistré des sons d’un moment chez un coiffeur avec la radio derrière, je trouvais ça bon, et vraiment en immersion. J’ai pris aussi des ambiances, des sons de la rue qui grouille, de groupes de musique qui jouent partout, les impressions du pays de mes potes et de la famille colombienne de ma copine, des captations sur un marché, la vie quoi ! J’ai choisi ce support car j’aime le son, ça fait partie de ma vie. Je faisais déjà de la radio, des podcasts et installations sonores. 

Plaza de Mercato à Manizales en Colombie. Photo de Diana Rey Melo 

Depuis quand fais-tu de la radio?

Quand je suis arrivée en Ardèche, la première fois en 2014, je suis allée dans une radio Locale (Radio Des Boutières) pour assister à l’enregistrement d’une émission sur le blues que faisait un copain musicien. Le responsable de la radio me voyant très intéressée me dit « Dis moi, tu as l’air d’aimer la radio, on est en train de changer toute la grille des programmes, si ça te dit de penser à une émission, vas-y n’hésite pas ». Et du coup j’ai écrit sur le mouvement, pour illustrer mon mouvement de Paris vers l’Ardèche ;  grâce au truchement des autres.. Comment le déplacement d’un endroit à un autre nous transforme, nous inspire, nous questionne… Ca a été comme un labo pour moi : j’avais la liberté pendant une heure d’ondes de creuser ma thématique, d’expérimenter des choses… Ensuite en 2016, je suis partie vivre 2 ans à Bordeaux – et pour ne pas arrêter cette émission « Vogue Le Navire » je me suis équipée d’un Zoom et j’ai commencé les captations, les créations sonores, le montage, le mixage… J’ai aussi travaillé avec une chorégraphe et ses danseurs sur la création sonore d’un spectacle, réalisé des bandes sonores pour le printemps des poètes. J’ai appris sur le terrain quoi.. Et la troisième étape dans ce processus a été « Brouillon d’un rêve« . Penser, écrire un projet avant de le réaliser, c’est un travail beaucoup plus « intellectuel  » je dirais moins « sensuel » dans son approche peut-être. 


Etait-ce pour toi cathartique d’écrire ce projet vu que tu as aussi été adopté bébé ? Tu restes très discrète sur ton ressenti malgré l’émotion qui se dégage de cette création, dont ton cousin est le protagoniste.

Oui, en quelque sorte ! J’avoue que j’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture… Surtout sur la musique de Barbara « Dis, quand reviendras -tu? » que mes parents écoutaient et que j’adore plus que tout. Je la mettais à fond, en boucle et je dansais, j’écrivais, ça me transportait vers Johan petit. Je l’imaginais tout seul sur un banc, en train d’attendre sa maman qui revenait jamais, c’était comme si tout d’un coup j’étais dans sa peau qui était aussi la mienne ; que je sentais ce vide, ce manque de je ne sais quoi… Enfin si je sais : de la base en fait ! Cette attente de quelque chose qui ne vient jamais et qui en même temps te pousse à être là où tu es. C’est fort, c’est même dur de repartir sur autre chose après… 

Savais-tu lors de l’écriture où elle te mènerait ? Quelles problématiques voulais-tu faire ressortir principalement au départ ?

Non, pas vraiment. au début, j’ai écrit, écrit, écrit, des choses qui me venaient. Puis après, j’ai fait le tri et le fait d’être dans ce cadre du concours, m’a aidé à structurer. C’était la première fois dans ce sens là de d’abord écrire avant de faire le son. Normalement j’écris au montage / mixage ; Alors c’était dur au début de trouver le fil ! J’ai demandé l’avis à des copines qui connaissent l’exercice, mais pour l’image. Elles m’ont poussées à être plus claire et à ce que je m’implique plus dans ce que je voulais dire. Les problématiques sont arrivées dans un second temps  :

 » comment écrire son histoire quand on en connaît pas le début, comment se trouver quand on est déraciné, comment se laisser aimer quand on est adopté… »

Anna Gigan, autrice de « L’écho de mon cousin Djo »
Photo prise par Anna Gigan de Manizales

Qu’est-ce que t’as appris cet échange et cette expérience sur toi?

Qu’on ne fait rien seul. Comme c’est important de se sentir soutenu, entendu, dans la vie. Je crois que Johan a ressenti la même chose et que ça été important pour lui de pouvoir exprimer tout son ressenti librement sans se sentir jugé. Quant à moi je ne suis pas sortie de l’auberge. Je ne me suis pas encore vraiment apprivoisée car cette histoire m’a renvoyée à la mienne et à mes failles. Je me suis rendue compte que ma relation à l’amour n’était pas simple : la question de l’abandon surgit encore souvent dans ma vie. J’ai du mal à me laisser aller, à me laisser aimer. Je trouve que dans les chansons de Gainsbourg c’est très bien illustré dans la javanaise par exemple  » la vie ne vaut être vécue sans amour, mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour » ou « fuir le bonheur avant qu’île se sauve » lui aussi, on dirait qu’il a peur… Je crois que la blessure d’être abandonnée est quelque chose que l’on peut dépasser mais pas complètement. Il y a eu à un moment un départ définitif : c’est à dire que c’est comme si on savait que ça pouvait arriver, que la personne la plus importante disparaisse, et que cela nous laisse en survie peut-être ? On n’a pas envie de revivre ça, je crois ! A la fois ça rend très fort aussi mais le doute, la peur du couple sont des choses avec lesquelles je dois composer. Mais bon, j’avance.

Qu’en est-il de Johan actuellement et peux-tu me parler de ce making-off qui n’a pas dû être simple du fait que ton cousin est en prison ?

La très bonne nouvelle, c’est que Johan, risque de sortir avant l’été de prison ! Si tout va bien. Il fait régulièrement des sorties à l’extérieur. Il a été sélectionné pour participer à un trail de 61 km et il passe son permis !! Après 7 ans de prison, c’est assez vertigineux. Il se sent confiant, et réfléchit beaucoup au futur. Son rêve était de retourner vivre en Colombie… Je ne sais pas où il en est par rapport à ça. Il est étonnant dans sa façon d’aborder les choses, de les analyser, il est solide, déterminé, organisé. Je suis assez admirative et personnellement, je suis trop contente de la relation naissante, c »est plus que ce que j’imaginais !

Coté making-off, ça s’est bien passé parce que le personnel pénitentiaire a été bienveillant et conciliant. On a pu circuler sans problème dans la prison, après avoir fait toutes les demandes d’autorisation et passé tout le matériel au crible.. Côté réalisation, j’ai eu la chance d’être avec une équipe expérimentée de France Culture, alors ça été fluide. Quand au montage / mixage c’était la première fois aussi que je ne faisais pas seule. C’était une chouette expérience et ça motive pour le futur, voilà…faut penser à une suite maintenant !

Merci beaucoup !

De rien du tout ! Merci à toi !

En espérant que la voix de Johan à travers le micro d’Anna fera aussi écho en vous. Car c’est un récit double qui retentit malgré la carapace d’Anna, en chacun de nous. Il a le courage d’énoncer les émotions avec simplicité et humilité, quand il s’agit de se mettre à nu et d’évoquer ses sentiments. C’est aussi la générosité malgré la perte et la crainte de la disparition, qui déborde dans cet entretien confiné au centre de détention de Rennes. Une histoire de liens invisibles qui nous tiennent tous et qu’on a peur de rompre : cousins, pairs, amis, appartenance… A l’heure du confinement, « L’écho de mon cousin Djo » est une ode à l’espoir lorsqu’on se sent perdu et une belle leçon de vie sur l’introspection lié à l’enfermement.

Pour l’écouter c’est ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/l-echo-de-mon-cousin-djo